Le Temps des fuites
Les 22 et 23 octobre, Le Temps a publié un article titré «A Vevey, le grand “gâchis” du Service de la culture», anticipant la parution du très attendu Rapport Meylan. Il confirme ce que nous disons depuis des mois, mais suscite des interrogations quant à son objectif.
Rappel des faits: Après les élections communales de mars 2026 et l’entrée en fonction de la nouvelle Municipalité le 1er juillet, la municipale verte, en charge du service de la culture, a démissionné pour le 31 août, rendant obligatoire une élection complémentaire. C’est l’aboutissement d’un processus engagé dès la législature 2021-2026 : critiques récurrentes sur la politique culturelle et la gestion du service, dégradation continue du climat de travail, arrêts de travail prolongés de la cheffe de service. Réélue au printemps 2026, la municipale a fait l’objet d’une dénonciation par la cheffe de service. La Municipalité a alors ouvert une enquête administrative, confiée à l’ancien juge cantonal Jacques Meylan, qui a attesté de faits assez graves pour conduire la Municipalité à demander au Conseil d’Etat la suspension de l’intéressée. Avant que celui-ci ne statue, la municipale a démissionné.
La construction de l’article interroge. Il s’ouvre sur une grille de lecture psychologique — «deux personnalités dissemblables contraintes de collaborer», «ne manquant pourtant [pas] de compétences», — qu’il abandonne aussitôt pour une tout autre démonstration.
Le déséquilibre des voix est tout aussi frappant: si l’article évoque de mystérieux et anonymes «observateurs de la vie politique locale», les deux seules personnes citées nommément sont socialistes, à l’exclusion de tout autre courant politique, y compris celui de la municipale démissionnaire. Enfin, l’article se referme sur l’interrogation de la conseillère communale socialiste Marion Houriet, se demandant «dans quelle mesure les candidates et leur parti vont utiliser la crise du service dans les débats». Une telle conclusion invite moins à éclairer la crise qu’à la laisser hors de la campagne.
Des faits connus de longue date. L’article décrit la crise avec une grande dureté: «une municipale perçue comme n’étant “pas à sa place” […] usant de méthodes managériales inappropriées – comme le harcèlement psychologique – pour compenser un manque de confiance», ainsi que «l’absence d’une véritable politique culturelle». Surtout, il ne rapporte pas ces faits comme des dérives récentes, mais comme la trame d’une législature entière. Cette périodisation contredit frontalement le récit selon lequel c’est le rapport Meylan qui aurait soudain tout révélé: ces dysfonctionnements étaient documentés et dénoncés depuis des mois. La remarque de Marion Houriet sur «le manque de politique et de vision culturelle» va dans le même sens. L’innocence revendiquée par une partie du milieu politique autour de la candiature de 2026 perd toute crédibilité. Qui voulait savoir, pouvait savoir. Le PS et Les Vert-e-s avaient tout en main pour choisir une autre candidature, et éviter cette pagaille.
Enfin, l’article a manifestement été écrit par une personne ayant eu accès, directement ou indirectement, au rapport Meylan : l’usage des guillements, la précision des termes, la diversité des problèmes évoqués en témoignent. Or ce rapport Meylan est couvert par un embargo, y compris pour le Conseil communal, jusqu’à l’échéance des délais de recours relatifs aux passages caviardés au titre de la protection de la personnalité, et seuls trois acteurs y ont légalement accès. On est donc en droit de s’interroger sur le sens de ce dévoilement partiel du rapport Meylan, s’il a été piloté et par qui. La Municipalité ne peut garder le silence.
Reste l’essentiel, que nous écrivions déjà en février et rappelons depuis: il faut tirer un bilan de la stratégie culturelle 2019-2026 et construire enfin une politique culturelle claire pour Vevey.


